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Vincent Zochowski auteur

Articles avec #textes

De là où je suis

18 Juillet 2017, 07:53am

Publié par vincent auteur


 


 

Chère Augustine,

Il se fait tard en ce 12 juillet et cette journée n'a pas été de tout repos. Les bombes n'ont pas cessé de nous harceler et ce depuis presque deux jours. Les hommes sont fatigués et dépriment de plus en plus. J'ai perdu hier soir toute espérance en ce lieu, il ne prend plus vie, il meurt de jour en jour. Plus un gramme d'herbe, plus de mésanges sifflant joyeusement tous les matins, la nature s'épuise et nous avec. J'ai perdu Augustine, toute notion de bien et même de mal. Cette guerre est terrible et en ce jour du 12 juillet 1916, nous sommes à l'abri dans le fort de Souville mais nous avons subi de grandes pertes hier matin par une pluie de bombes et une attaque ennemie.

J'ai mal de mes envies, revoir cette douce campagne creusoise, aller à la pêche au sandre rayé, boire un verre avec le père Fleury au " bar des bons amis". J'ai mal de cette vie ma tendre Augustine, et j'ai peur de revenir en mauvais état. Je suis toujours en entier mais pour combien de temps? Tout le monde ici nous dit que la bataille ne fait que commencer, que les pertes s'accroissent de jour en jour et que certains d'entre nous deviennent fous à subir les bruits et la fureur de ce ciel en feu, de croiser tous les matins les rats dévorant leurs copains de tranchées.

Je tiens du coup, mais pour combien de temps? Je garde chaque jour ta photo au creux de ma main, en souhaitant qu'elle me porte chance.

Tous les jours ainsi, je te posterai une lettre jusqu'à ce que je revienne vers toi, que l'on puisse enfin fonder une famille. Le père Fleury m'a dit un jour qu'il me garderait un emploi dans sa ferme. Oh comme j'ai hâte de revenir, crois moi.

La journée se termine et je te laisse en t'embrassant bien fort.

Tendrement

Vivien

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Ceux de 14

2 Mai 2015, 10:52am

Publié par vincent auteur

Ceux de 14 avaient l'âme pure, le sourire et l'espoir que ça ne dure.

Une promenade, qu'ils disaient, juste une balade. Pour de détendre et rire de nos frasques.

Ceux de 14, aimaient leur terre, leurs proches.

Un sourire qu'ils donnaient à ceux qui les regardaient. Une main tendue, des signes de reconnaissance. On les applaudissait ; Ceux de 14 resplendissait avec leur casquette rouge et leur pantalon rouge.

Ceux de 14, fiers de leur pays, des deux cotés de la barrière respectons les. Des mauvais, des bons, des purs ou des brutes.

Ils avaient foi en eux, ils ne resteraient pas longtemps en activité. Une simple promenade et puis s'en va.

Mais voilà, si on leur avait dit à Ceux de 14.

La solitude te pèse, toi Augustin, envoyé au front sans savoir pourquoi. Tu étais bien, Augustin, parmi tes chèvres et tes lapins. Tu ne méritais rien d'autres que du bonheur et non à t'enfouir dans une galerie pour échapper à cet ennemi invisible.

Toi aussi, Firmin, petit instituteur de provence. Tu as laissé ton aimée, seule, enceinte de ton premier. Les larmes coulent quand tu soulève le corps de ton caporal, percé d'une balle en plein front. Cette odeur de sang indescriptible.

Et toi Arthur, tu ne vivras pas plus de 48 heures, soulevé par d'atroces souffrances, tu vomissais rouge sang, les rats te courant sous le nez. Tu ne verras plus ta mère, soucieuse de ton départ ni ton père, fier de son fils unique.

Ceux de 14 ont vu un paysage décharné, Augustin, tu ne reconnaîtras plus tes verdoyants pâturages, des trous béants ont détruits tes idéaux. Ton corps est devenu un étranger, ton visage déformé par d'atroces souffrances. Tu seras banni de ton village, toi l'homme simple d'esprit que l'on disait.

Ceux de 14, ont vécu, mal vécu et survécu pour quelques uns de cette barbarie humaine.

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