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Vincent Zochowski auteur

Highway 87

23 Avril 2017, 20:40pm

Publié par vincent auteur

 

 

 

Cette route longue et improbable, sinueuse et longiligne, couverte d'espérance et de renoncement, cette route éblouie par le soleil, cette route me troublait désespérément.

Je n'y voyais rien d'autre que mon avenir, une pure perte comme diraient d'autres, mais c'était cela et rien d'autre.

La sueur dégoulinant sur mon front, mes mains moites, l'envie de boire des litres et des litres d'eau, je n'en pouvais plus !

Cette route devant moi, à n'en plus finir et l'impression de mirages à tout bout de champ, des kangourous, qui semblaient me faire un signe d'adieu, des koalas me faisaient des grimaces du haut de leur eucalyptus.

Il fait 35° degré et le soir tombe à peine, je distingue à quelques centaines de mètres l'enseigne d'une station-service, une couleur verte passée avec les années et les bornes d'essence dont ma Toyota raffolait.

Je claquais violemment la porte de mon automobile, un moyen de montrer ma présence. Personne ne devait passer souvent sur cette route, les occupants de cette station s'ennuyant ferme. Je suivis le chemin jusqu'à l'entrée, pas un bruit seulement celui du vent chaud et des vautours qui arpentaient le ciel à la recherche de cadavres exquis.

La porte s'ouvrit en grinçant d'une façon morbide, les gonds rouillés reflétaient l'état de délabrement de l'endroit. Je ne pourrais y rester longtemps, foi d' aventurier. Cette masure ressemblait à s'y méprendre à une maison de film d'horreur typique du cinéma des années 70.

 

Personne ne répondit à mon appel. Un chat noir, les yeux brillant se frotta à ma jambe, ronronnant de tout son âme.

Devant moi, le comptoir sur lequel reposait un fusil à double canon encore fumant, mes nouveaux appels ne donnèrent rien de plus. Je fis les quatre cents pas, regardant à droite et à gauche, de haut en bas. A l'extérieur, les nuages noircirent brutalement, le vent souffla une musique macabre.

La porte noire donnant sur l'arrière boutique m'intrigua. Doucement en y pénétrant, j'entendis un râle, une plainte douloureuse, des pleurs de détresse. Dans une part d'ombre de cette pièce, une jeune femme ensanglantée me dévisageait avec insistance, son bras droit vers moi. L'horreur de cette scène me glaça le sang, un sinistre désastre se profilait à l'horizon !

 

Tétanisé, muet de stupeur, je n'entendis pas , non rien de ce qui se passait derrière moi, quand soudain ...

 

 

Je devais rejoindre Alice Springs pour un contrat dans un projet pétrolier, Mc Gahan, mon boss comptait sur mon travail pour rebooster l'entreprise.

Je ne savais pas où j'étais, seulement que je me trouvais pieds et poings liés dans une pièce noire et derrière la porte , une discussion animée entre deux femmes.

 

"Pourquoi tu as tué Melissa, maman ? "

"Tais toi donc malotrue , tu ne veux pas que cet étranger nous entende, tout de même ?"

 

Puis plus rien, un silence inquiètant.

L' Australie m'avait appelé et maintenant assis dans une pièce sombre et attaché comme une bête, pleurant de détresse ...

Une fille et sa mère, en pleine discussion; une fille prénommée Mélissa morte où plutôt assassinée et moi pauvre diable enfermé.

 

Je me tournais et me retournais, envisageant le pire, espérant le meilleur. Je me débattais, remuais maladroitement, les pieds tordus de douleur, les mains dans le même état.

Les femmes revinrent plus calmes que le fois d'avant, elle ne dirent aucun mot.

La porte s'ouvrit brutalement et je découvris le visage émacié d'une femme, la cinquantaine et juste derrière s'agitait étrangement une fille blonde, d'une vingtaine d'années. Celle-ci toute tremblante suivait vraisemblablement sa mère, lui obéissant sans commune mesure.

 

La mère me dévisagea et d'un geste brusque coupa me liens, elle tenait son fusil à son épaule.

Pas un mot ne s'échappèrent de ces deux êtres que tout semblait opposer; la vieille dure vs la jeune douce ( beau titre de série B américaine ).

 

Elle me fit visiter cette sombre masure, une cuisine dont l'odeur de friture me laissait supposer le menu du jour, les rideaux d'un bleu déchiré, les fenêtres n'avaient pas du être lavé depuis l'avant guerre.

Toujours aucun mot, même pas un balbutiement rien de rien, que me cachait donc cette drôle d'aventure. Je voulais revoir les larmes du soleil et m'évader de ce cloaque malsain.

 

Elle me dirigea du bout de son fusil vers une pièce qui semblait être une chambre; un lit d'une odeur épouvantable y siégeait au centre avec sur le coté un tabouret servant sans doute de table de chevet.

Une image, une drôle d'image vint à ma vue, dans le miroir face à la porte, une photo de moi, habillé en costume de mariage. A mes cotés, toujours sur la photo, une fille cette Mélissa, la jeune fille morte.

 

 

Avais je à ce point perdu la mémoire, étais je devenu un autre ?

Sans le savoir, sans me savoir ! Je fermais les yeux, une larme vint s'y perdre, j'étais foutu, ma vie ruinée comme il se doit.

 

Assis sur le bord de mon lit, le cauchemar pris fin. Seule dans cette chambre, je revivais mon passé.

Melissa n'avait pas vaincu le crabe et cette photo, mon seul souvenir d'elle trônait sur mon armoire.

 

La nuit nous révèle quelquefois bien des surprises ! 

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Une ombre

5 Avril 2017, 20:09pm

Publié par vincent auteur

 

Une ombre passe doucement sur le mur, s'éclipse furtivement,

Quelque pseudo vérité, quelques souvenances,

Les yeux semblent fermés, avides de bon sens,

Ultimes recours pour une perte d'identité.

Qu'il est bon de s'abandonner à cette dernière chance,

Les pensées vont et viennent, chemin de l'inconstance,

Parfaite illusion qu'est la permanence.

Et ressentir ce besoin, vaincre cette prison aux multiples couleurs,

Imparfaite sélection réduite en cendres.

Les yeux semblent fermés, les couleurs ont disparu dés à présent,

Et rien ne se passe comme prévu.

On pourrait chanter des louanges, y rendre hommage à cette vie,

Une seule brique entre quatre murs.

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Quand le diable surgit

4 Avril 2017, 20:48pm

Publié par vincent auteur

 

« L'impact des gouttes sur le métal  me fit une drôle d'impression. Je croyais que ça n'allait pas durer, que ça finirait bien par s'arrêter un jour. L'impact des gouttes sur le métal froid me faisait presque peur, peur d'être et de non être. Tout le monde me dit que la peur n'évite pas le danger, mais pas à moi non, pas à moi.

Je ne suis pourtant pas fou, je suis sain d'esprit, clair et sensé. Mais là, je ne pourrais pas dire où j'en suis réellement, plongé dans le noir de cette pièce froide et humide.

 

Je me souviens du jour J, de celui où tout à commencé.

Il faisait beau, les mimosas en fleurs, les oiseaux chantant dés le matin, et moi tout jeunot, envie de braver les interdits, de couper les liens qui m'enclavaient, de briser ces chaînes.

J'aime beaucoup le matin, là où l'on se sent vivant, heureux sous ces envolées lyriques de ces fiers passereaux. La fenêtre ouverte, le soleil me tambourinant le crâne, je suis vivant et je souris à cette journée qui débute.

Je me souviens du jour J où tout a commencé, mais en fait je ne souris pas vraiment, je suis triste en fait mais comme j'aimerais être satisfait.

Au loin dans la rue, j'aperçois Nathan et Vivien, chantant, courant, sonnant aux portes et s'enfuyant en rigolant comme des bécasses, mais comme c'est amusant de les voir vivre ainsi.

Je ne sais même pas quel jour il est, peut-être un dimanche, peut-être un mercredi ; des enfants en culotte courte, un matin, sans cartable, ça ne doit être qu'un de ces jours.

C'est moi qui leur ai inventé ces prénoms, j'aimerais tant les connaître.

Je les regarde, souris comme eux et bientôt ils disparaissent de ma vue à l'angle de la rue Audouart.

Tout d'un coup, le bruit de pas me fait frissonner, l'attente ne sera pas bien longue et la récompense non désirée aussi. Il entre sans prévenir et en un instant ce jour J prends un autre sens à ce divin matin.

Je le savais, je le sentais, tous les jours le même rituel, tous les jours ce satané destin qui vous prends aux tripes. Je n'ai que huit ans et malgré tout je suis devenu d'un coup, Grand.

Tour à tour je sens la peur s'échapper de mon corps et par la fenêtre à nouveau ouverte, je cherche mes camarades de jeu pour qui je ne suis qu'un enfant solitaire les regardant vivre tous les matins que Dieu fait. Ils se moquent parfois de moi, me jetant de temps à autre des cailloux et autres coquilles d'escargot vides, et moi les croyant bon, je garde tous ce trésor sous mon matelas jaunis par mes nuits de malaise.

Il y a des nuits et des nuits que je ne dors presque plus, m'arrachant des cris de terreurs et de douleurs, je suis comme un animal encagé, comme un fauve à qui il ne reste plus rien de liberté.

Serais je ainsi condamné ?

J'ai huit ans et je voudrais un jour courir après ce temps, chasser les papillons, imiter le chant des oiseaux et faire fuir mes larmes sur ce visage un brin naïf.

Il va bientôt revenir, je l'entends en bas tourner en rond, impatient peut-être d'en découdre à nouveau, les marches de bois grinceront, les pas lourds se feront et à mon tour mes gestes se disperseront pour fuir les coups du psychopathe. C'est le seul nom que j'ai trouvé pour cet individu.

J'ai caché sous mon matelas quelques objets qui pourront m'être utiles, quelques objets qui pourraient m'aider.

La maison est grande, il y a plein de pièces, un grenier, un garage, une cave où j'adorais me cacher, jusqu'à ce que...

J'ai huit ans, je n'ai plus de Maman, et je survis malgré tout...

 

L'impact des gouttes sur le métal me fait froid dans le dos, mais je suis rassuré tout de même,

Le monstre gît au dessus de moi, sur les marches de métal, les paupières closes, la bouche ouverte. Il me donne son sang pour s'excuser de s'être comporté ainsi, et je joue enfin dans cette pièce aux multiples cases.

J'aime ce bruit, le claquement de ces gouttes sur les marches de métal et je joue comme si hier n'avait jamais cessé, comme si hier Maman ne m'avait jamais quitté.

J'ai huit ans et je viens de tuer cet homme qui m'a un beau jour reconnu parmi les siens.

Je lui ai ôté la vie et la vue, jouant aux billes avec ce regard qu'il ne m'a jamais tenu.

 

La vie est belle quelquefois, n'est ce pas ?

 

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