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Vincent Zochowski auteur

Adieu Lautréamont

27 Juillet 2015, 20:53pm

Publié par vincent auteur

Loin du fort de Lautréamont, à dix mille lieux, le visage tourné vers ce qui semblait être ma prochaine destinée, je repensais à ce que j'y avais vécu. Mes plus beaux amours d'une vie à jamais ancrés, loin des vicissitudes de mon existence. Je l'ai laissé loin de moi, cette douce îlienne, marbrée de ses couleurs chaudes et engageantes. Je verse une larme de sel dans cette mer qui a vu naître notre idylle.

Elle s'appelait Octavia, un prénom m'illuminant de bonheur, moi le camarade de jeu de ses principes coloniaux dont je rebutais la terrible volonté. On devait s'acclimater à ces peuples sous développés, sous instruit, des bêtes disait-on en haut lieu.

Moi je n'ai pas voulu ça , mon père non, je suis un humaniste, un enrôlé de force sur un joli voilier, quel paradoxe. Hommes d'équipage, capitaine au long cours, mousses, tous partis pour un voyage outre atlantique, découvrir et pervertir ses populations en paix ; une vie bien différente de nous, pauvres blancs que nous étions en manque de découvertes originales.

Octavia m'avait ému, sa peau d'ébène luisant au soleil et son sourire, ah ce sourire, il m'avait ensorcelé.

Le capitaine Lonchamps m'avait chargé de répertorier toutes les femmes, les jeunes femmes en vue de devenir de possibles maîtresses à ces goujats d'hommes d équipage. Toutes plus apeurés les unes que les autres, je ne pouvais me résigner à faire un tel travail, un obstacle à mon humanisme.

Et voilà qu'en ce jour de juin 1700, je quitte les côtes de la Guadeloupe, la peur au ventre de laisser mon amour enfoui pour toujours dans les portes de l'enfer. Mes larmes ne pouvaient s'arrêter devant le regard ébahi des hommes d'équipage. « Un homme, ça ne pleure pas. » m'avait dit le matelot Longueville, un vil gaillard unijambiste, les traits marqués par des années de voyage sur ces mers.

Je ne reverrais plus ma douce Octavia, ne caresserais plus sa douce peau d'ébène. D'un seul regard, nous nous étions aimé cachés de tous, nous retrouvant le soir sur la plage dans d'agréables embrassades. J'aurais voulu tant rester prés d'elle, la bercer de jours en jours et lui donner un enfant de notre amour. Mais voilà le destin en avait décidé autrement sous la présence d'Hector le marchand d'esclaves qui avait compris notre manège.

J'aurais tant voulu avoir un enfant des îles, la plage, les palmiers, le soleil.

Adieu Lautréamont, Adieu Octavia, Que tu reposes en paix, Grâce te soit donnée !

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Ouzbek me voilà ( partie 3 )

13 Juillet 2015, 20:40pm

Publié par vincent auteur

Les cris, les hurlements d'une bête sauvage presque dangereuse, on était arrivé sur son territoire, nous, les humains à la recherche d'une quelconque nouveauté dans l'archipel des nouveaux explorateurs.

Islom avançait tranquillement, son visage renfrogné marqua une profonde inquiétude.

Je le suivais pas à pas, les lanières de mon sac me tailladant l'épaule droite.

Après quelques minutes de marches, tout sembla se taire, plus un hurlement ne s'échappa de cette taïga, seuls les oiseaux se mirent à chanter. Il me faudrait lors d'un prochain voyage revenir ici et me soumettre à ce mystère animal.

Enfin Islom rayonnait, la nature hostile avait laissé la place à une plaine verdoyante où l'on pouvait apercevoir au lointain un troupeau d' Addax rouge, une des plus belles espèces d'antilopes qu'il m'est été donné de rencontrer. La couleur rouge flamboyant du pelage se mariait à merveille avec le vert clinquant de l'herbe. Du bleu ciel, du vert et du rouge animal, j'étais transfiguré devant cette avalanche de couleur, un peintre aurait pu avoir un orgasme artistique.

La virtuosité du lieu, une richesse, aucun mot ne pouvait sortir de ma bouche à cet instant.

Islom, comme moi, ému devant ce spectacle.

J'aurais pu rester devant ce spectacle pendant des heures voire des jours, mais le devoir de recherches nous obligeait à poursuivre notre route. Nous devions rejoindre la ville de Tachkent dès le lendemain où je devais avoir rendez vous avec Piotr, un aventurier russe, solide gaillard d'environ 45 ans taillé dans le roc. Un vrai baroudeur !

Un rencontre anecdotique à Paris, et depuis une véritable amitié aventureuse était née, des liens postaux, des sentiments partagés.

Islom et moi arrivèrent en vue du Syr-Daria, long fleuve sinueux, voie divine jusqu'à la mer d'Aral.

Les eaux calmes de ce géant semblaient nous attendre, pas un bruit, le silence. J'entendis au loin le doux murmure de la situlle, un grillon violacé que l'on ne rencontrait qu'au delà les frontières orientales. Une magie sonore ajouté à l'envol majestueux des carrans cendrés; ce héron avait la particularité de posséder un bec de canard d'un bleu argenté qui se reflétait au fil de l'eau.

Le coucher de soleil, moment d'une virtuosité poétique à la manière d' Aragon !

Qu'aurais je à raconter à ma chère et tendre et à ma jolie petite fille ? Je me devais de les faire rêver, de les nourrir de mes joyaux visités .

Nous allions passer la nuit ici au bord de cette eau, le clapotis nous bercerait. A la lueur de ma lampe, je sortis mon carnet de bord et y notait toutes mes observations, mes tracas ou mes joies.

Je revisitais le croquis de l'Addax rouge et des carrans cendrés, le tout agrémenté de détails techniques. Je sentais les bras de Morphée m'entourer délicatement et sans bruit me coucha près de mon tendre ami.

La journée de demain allait être longue, nous arrivions en vue de Tachkent !

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