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Vincent Zochowski auteur

A l'ouest du nouveau !

15 Décembre 2016, 23:44pm

Publié par vincent auteur

 

 

Depuis déjà trois jours qu'il voguait sur ce géant qu'était le Colorado, il voyageait toujours ainsi, le canoë, les peaux de castor, et une bonne vieille Winchester acheté à Hobus, un trappeur vivant désormais en ermite à Rifle. Jacques, par ses ascendances françaises, avait une facilité à naviguer. Son grand-père paternel lui avait appris les rudiments de la "barque attitude"sur les rives de la Garonne avant son départ pour la grande Amérique.

 

 

En cette année 2050, tout était redevenu comme avant. Les Pawnees avait repris leur territoire, les castors, leurs cours d'eau et les trappeurs, leur métier. Du jour au lendemain, le monde d'avant était celui de maintenant. En un coup de baguette magique, les hordes d'indiens, Cheyennes, Peaux-Rouges et autres "sauvages des plaines " reprirent possession de leurs territoires au dépend des hommes blancs. On avait l'impression de regarder un Western, dont le regretté John Wayne aurait été si fier.

Les gratte-ciel avait laissé la place aux Séquoia géants, les chevaux n'étaient plus fiscaux.

Un splendide retour en arrière !

 

Jacques, le fusil en bandoulière, s'amarra à une berge et s'employa à observer son environnement. Des traces de pattes stimulèrent son attention, le castor, une réserve de fourrure en conséquence. Il ne lui restait plus beaucoup de peaux et il se devait d'en rapporter une dizaine au chef Pawnee, Bison d'Argent en échange de quoi, il serait libre de circuler sur leur territoire.

Il faisait beau ce jour, un premier jour de printemps, ensoleillé et baigné des douces odeurs florales, les roses , les aubépines, un océan coloré, un arc en ciel de senteurs. Jacques était bien, loin des soucis. Il se dirigea sans compter vers son travail, observer ses proies. Ce soir, il mangerait un vieux reste de viande de cerf sur un feu de bois. Il aimait dormir à la belle étoile, dormir sous les feux de la rampe, le ciel d'un monde sauvage et tellement attirant.

Les yeux de Jacques se fermèrent dans le silence de la nuit américaine.

 

Le lendemain matin, 1er septembre, Jacques fut réveillé par des bruits de sabots, ils étaient quatre, quatre magnifiques alezan, montés par quatre Pawnees. L'air froid, ils venaient aux nouvelles, savoir si les peaux de castor serait prêtes bientôt. Les indiens ne savaient pas attendre. Les marques sur leur visage ne laissaient présager rien de bon, ils savaient à coup sûr mettre en garde leurs adversaires.

 

En cette année 2050, il restait bien quelques vieilles carcasses de tôles, synonymes du temps passé, qui semblaient dormir à l'ombre de la végétation. Jacques se démenait pour trouver ses proies, un panneau " Denver 300 km " de couleur rouge rouillé, trôna sur un tapis de mousse.

 

En cette année 2050, les indiens étaient les rois des montagnes, rien ne pouvait les arrêter.

Jacques reprit son canoë, ses peaux et longea le fleuve, écoutant au passage le bruit des feuilles sous le vent.

 

Il avait décidé un beau matin de rallier la belle Amérique, ses parents en avait toujours rêvé, lui l'avait réalisé. Là bas, la vie plus facile. Là bas, la grande aventure. Il voulait les voir en vrai, ces descendants de Sitting Bull ou de Géronimo.

Un voyageur décidé à rompre sa monotonie, à voir dans ce nouvel environnement un eldorado.

Un certain Christophe Colomb l'avait découverte en 1492, il avait visité ces terres jusque là inconnus, et dorénavant Jacques avait la conviction d'être le Découvreur du Colorado à bord de sa Santa Maria.

Rien ne pouvait plus lui échapper, les odeurs, les paysages, tout était bon à prendre !

 

Fini les réserves pour accueillir ces honorables maîtres des prairies embisonnées. Ils avaient retrouvé leur territoire, leur domaine de prédilection; toutes les réserves avaient été réouvertes, la liberté retrouvée.

 

A l'orée d'un monde retrouvé, Jacques se dressait fier devant tant de beauté.

Son métier, son univers désormais ici même, plus rien ne pourrait lui faire regretter son passé !

 

En cette année 2050, il était le poète de sa vie, sublimant ce nouvel eldorado. Les bras levé vers le ciel, il le remerciait, le saluait.

En cette année 2050, il n'avait pas senti la flèche le transpercer de part en part. Le regard, toujours tourné vers le ciel, les yeux embués de larmes, il remercia la vie mais la mort le prit.

 

Bison d'argent se tenait devant ce corps, il fit une prière et ramassa les quelques peaux de castor, avant de partir.

Les vautours se chargeraient du travail.  

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Monique Benintendi 16/12/2016 01:59

Retour vers le futur !!
Belle histoire, qui donne envie d'y croire !!